LA CULTURE DU DROIT

par Christelle Mazza – Avocat au Barreau de Paris

Apr 06 2016

Le suicide dans les hôpitaux, les administrations centrales et les collectivités territoriales

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Dénoncer des attaques pernicieuses sans aucun soutien au sein d’une institution à forte valeur symbolique (comme un hôpital, une administration centrale, un conseil de l’ordre de médecins ou d’avocats, une juridiction…), vivre un ostracisme parce qu’on dénonce des illégalités en se heurtant au silence complice des collègues qui préfèrent se terrer dans une zone de confort sécuritaire, solliciter l’aide d’un système qui ne comprend pas la souffrance vécue et subir l’isolement qui en découle…toutes ces situations peuvent créer un traumatisme générant le passage à l’acte et parfois un décès par suicide.

Il n’existe aucune statistique en France sur le lien entre le suicide et le travail comme facteur déclencheur. Il y a rarement une seule cause expliquant le suicide mais un facteur unique peut faire basculer l’équilibre cognitif de la personne ou générer une incapacité immédiate à gérer une situation de souffrance trop intense.

De nombreuses études ont prouvé un lien entre le chômage et le suicide, démontrant que le travail est un facteur de construction identitaire et qu’une absence d’insertion sociale par le travail pouvait ôter le droit à la vie de la personne concernée. Mais il existe aussi un lien entre le travail et le suicide sur lequel nous n’avons aucune donnée.

La récente série Trepalium diffusée par la chaîne ARTE a clairement posé cette question. Dans une société où 80% de la population est au chômage et vit dans la “zone”, le travail devient synonyme de droit à la vie. Pour autant, parce qu’on a la chance d’avoir un travail, peut-on et doit-on tout accepter pour travailler? Cette pression, dans une économie en crise, ne crée-t-elle pas des comportements déviants générant soit le silence complice par crainte de perdre son emploi, soit les manipulations perverses et égoïstes pour avancer plus vite que les autres, dans un environnement doté d’instincts égoïstes?

La question se pose de la substitution du travail à toutes les autres formes de construction identitaire et sociale que pouvaient être la famille, les relations sociales, l’école et les valeurs républicaines ou religieuses pour les personnes croyantes. Le travail est devenu un tel enjeu de survie qu’il s’est transformé quelque part en synonyme de vie. Vie sociale, vie économique, vie tout court…

Le problème posé n’est évidemment pas aussi simple mais certaines mises en scène de suicide au travail, le choix que font ces individus face à une souffrance de se donner la mort continue d’alarmer : il faut une vraie prise de conscience sur le sentiment de solitude que ces personnes ressentent lorsqu’elles sont confrontées à l’injustice, davantage d’écoute et de vraies cellules de prévention de la souffrance dans les administrations, un secteur en crise majeure du fait des restrictions budgétaires.

Dans le cadre d’une enquête de grande ampleur au sein de la fonction publique, nous recherchons le signalement de personnes:

  •  ayant fait une tentative de suicide sur le lieu de travail,
  • estimant que leur tentative de suicide est liée au travail, qu’elle ait eu lieu sur le lieu de travail ou ailleurs,
  • témoins d’une tentative de suicide ou d’un suicide sur le lieu de travail
  • ayant dans leur entourage proche une personne ayant fait une tentative de suicide ou un suicide qui serait lié au travail.

Les échanges étant soumis au secret professionnel garanti par le statut d’avocat, ces signalements seront entièrement anonymes et serviront de base à l’élaboration d’un questionnaire de grande ampleur diffusé massivement au sein de toutes les administrations françaises (soit 25% de la population active). L’objectif est d’établir des statistiques les plus représentatives possibles dans le cadre d’un ouvrage scientifique, permettant d’établir le pourcentage de personnes exprimant des idéations suicidaires et une cartographie selon des critères multiples en lien avec le suicide (âge, corps d’appartenance, incidence des facteurs psychosociaux ou internes…)

Contacter l’adresse suivante pour obtenir le questionnaire ou le diffuser avant sa mise en ligne : contact@armide-avocats.com

Toute expérience permettant d’affiner les critères de recherche peut également être transmise (psychiatres, sociologues, DRH, psychologues…)

Qu’en est-il actuellement du suicide médiatisé du Professeur MEGNIEN?

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