Christelle MAZZA, à la vie civile, est Avocat au Barreau de Paris, spécialisée en ressources humaines publiques, membre fondateur du cabinet CMA LEGAL en 2008 devenu ARMIDE en 2012. Diplômée de linguistique, sciences politiques et philosophie du droit, elle s’est spécialisée depuis plus de 10 ans en droit de la fonction publique et étudie, à travers un prisme pluridisciplinaire, la mutation du service public et les phénomènes associés de souffrance au travail.

Passionnée à la fois par les révolutions technologiques, la science politique et les rapports humains, elle s’intéresse depuis près de vingt ans à l’évolution de la sphère publique, véhicule de valeurs républicaines fortes, où l’attachement et l’épanouissement au travail pour les agents qui la composent revêtent une dimension sociologique et philosophique atypique, reflet d’une culture longtemps interventionniste de justice sociale.

Depuis les profondes mutations entreprises au début des années 2000 pour faire évoluer le service public, les collaborateurs de l’Etat employeur peinent à s’identifier à une administration dans laquelle ils ont perdu le sens de leur mission, en l’absence de transparence sur les objectifs poursuivis, au détriment de l’humain. Alors que les pressions individuelles et collectives ont considérablement augmenté, ils sont les témoins d’un système devenu parfois absurde, sans pouvoir décider, sans pouvoir s’identifier, sans avoir de perspectives, le tout dans un silence hiérarchique assourdissant. L’inertie du système fait naviguer des vaisseaux sans capitaines, sans responsabilisation, au détriment des exécutants constitutionnellement soumis aux évolutions politiques court-termistes. Gronde ainsi un fort sentiment d’injustice dont l’expression la plus topique est celle d’une violence éthique et morale qui démunit les plus fidèles serviteurs du système. Lorsqu’une minorité de décisionnaires en tire profit parfois à titre individuel, refond au gré des positionnements choisis des organigrammes toujours plus instables et insensés sur des critères peu liés au mérite, lorsque les coupables de maltraitance demeurent impunis et sont même parfois encouragés, comment trouver sa place? A qui s’adresser?

Depuis 2010, le mouvement de réforme est monté considérablement en puissance, générant une souffrance plus prononcée, aux effets d’une gravité étouffée et malheureusement non traitée. La communication institutionnelle demeure totalement déconnectée des besoins de terrain, aggravant le sentiment d’isolement et les problèmes de santé mentale au travail.

Christelle MAZZA a développé une approche originale associant le travail des psychiatres, psychologues, sociologues, philosophes, écrivains et juristes pour tenter de réenchanter le service public et apporter des solutions concrètes à la souffrance des agents.

Forte d’une expérience contentieuse et d’accompagnement à la fois des agents en souffrance et des acteurs du service public, (référents maladie, accident, RH et handicap des trois versants de la fonction publique), elle travaille sur la prévention du risque psychosocial et la valorisation de l’humain dans sa dimension pleine et entière, surtout et avant tout fragile et fragilisée.

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Pour Marguerite Yourcenar, réenchanter le Monde c’est d’abord faire face à la souffrance de l’humanité.  Longtemps considérée comme la carrière d’une vie, la fonction publique se transforme en une multitude de métiers, avec la mise en place de méthodes managériales de recherche de rentabilité, dans un système qui par nature n’avait pas pour vocation de générer du profit. Ce choc culturel entre les décideurs et les corps de métiers fait émerger depuis plusieurs années une souffrance et une maltraitance institutionnalisées.

Si le harcèlement interpersonnel semble avoir toujours existé, bien que prévu et réprimé par les textes depuis 2002 seulement, ce nouveau type de dysfonctionnement institutionnel isole davantage les victimes qui ne trouvent souvent pas ou peu de réponses devant le juge administratif ou pénal, impréparé à ce phénomène de masse, agissant la plupart du temps en qualité d’infirmier social. Une multitude d’instruments juridiques et managériaux existent mais ils ne sont pas appliqués.

Représentant 25% de l’emploi en France, la fonction publique revêt une importance à la fois économique et symbolique très forte. Faire du droit de la fonction publique, c’est aussi faire un peu de politique: la France veut-elle encore un service public fort et régalien sur ses missions notamment de santé, d’éducation et de justice, ou choisit-elle, sans préparer ni informer ses ressources humaines, de démanteler des pans entiers de services dont le dommage collatéral est l’humain? Jusqu’où ira-t-on, à véhiculer par ailleurs l’idée que les fonctionnaires sont les chéris du système? Maltraités au travail et dans l’opinion publique, quelle solution appliquer?

Quelle est la place pour ces travailleurs dont l’idéal est la justice sociale, face à la corruption, au népotisme et au basculement d’une culture interventionniste vers des considérations de rentabilité? Les récents suicides, trop nombreux, au sein des anciens monopoles d’Etat et plus récemment dans l’hôpital public posent une question de fond hélas peu soulevée: qu’est-ce que le service public est en train de devenir et pourquoi aucune réponse institutionnelle concrète face à ce drame d’une ampleur inquiétante, sur laquelle les experts du secteur alarment depuis des années?

Alors pourquoi la culture du droit?

L’Avocat traite les relations humaines, tant dans ses dimensions les plus matérielles comme la gestion de carrière, que dans ses dimensions les plus émotionnelles. Le système juridique, les lois de circonstance et l’extrême judiciarisation des sociétés font oublier que le droit est avant tout la règle permettant aux Hommes de vivre ensemble et de se respecter.

Ce blog rend hommage à Jean CARBONNIER qui de façon si noble et incomparable nourrissait une passion pour le droit dont il a dépeint les limites et sa nécessaire intégration dans les autres systèmes de la société. L’enseignement français du droit a malheureusement spécialisé le savoir, le déconnectant totalement d’autres disciplines pourtant nécessaires à la compréhension du méta-système, incontournable lorsqu’il s’agit de légiférer. Hommage également au Professeur Christian ATIAS, grand humaniste, qui n’a eu de cesse d’enseigner le droit dans ses composantes annexes que sont la philosophie, la sociologie, la science politique et la littérature. De la passion du droit naît aussi l’envie de redonner une dimension culturelle au droit pour faire cesser de croire qu’il n’est que sanction ou circonstance : en toute sagesse et toute prudence, qu’il raconte son histoire et sa vérité possible afin de réguler au mieux les rapports humains.

Ce blog se penche sur l’actualité de la fonction publique à travers le droit, l’art, la littérature et l’humour.

Christelle MAZZA rédige des chroniques littéraires mettant en perspective un livre, un essai ou une actualité dans sa dimension juridique afin d’inviter chaque lecteur à s’interroger sur le sens du droit de la fonction publique dans son organisation des rapports humains ou comment envisager le droit comme un moyen et non une fin… Cette rubrique publie également les expositions de photographie et le salon littéraire annuel organisés par ARMIDE sur un thème en rapport avec les relations de travail, avec pour modèle les rencontres intimes littéraires du XIXème siècle.

A travers la rubrique des chroniques d’Athos, Christelle MAZZA invite les agents en souffrance à raconter leur quotidien à travers des chroniques acides et humoristiques pour faire oublier le temps d’une lecture l’amertume et la souffrance de leur situation personnelle. Chaque chronique anonymisée est précédée d’un édito mettant la situation contée en perspective avec le droit applicable. Tous les agents de la fonction publique sont invités à soumettre leurs publications.

Passionnée de photographie, de littérature et de droit, Christelle MAZZA souhaite créer une communauté de réflexion sur la place de l’Homme dans le service public et réenchanter le lien entre l’administration et ses agents. C’est par le collectif et la solidarité, dans une société de plus en plus individualiste et narcissique, que l’épanouissement au travail dans la sphère publique pourra resurgir et reprendre toute sa place nécessaire, essentielle.

Puissent vos commentaires enrichir ces humbles essais de vos émotions et expériences!