LA CULTURE DU DROIT

par Christelle Mazza – Avocat au Barreau de Paris

mars 05 2017

Pour ou contre l’amour: un peu de préciosité pour parer la chute…

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Une lecture comparée de trois ouvrages nous questionne en ce dimanche sur le rôle et la puissance de l’amour.

Encore étourdis par le roman la Princesse de Clèves, nos rapides recherches nous ont conduits sur le site de Gallica vers un non moins intéressant mais plus anonyme ouvrage « Pensées diverses et de toutes saisons – Pour ou contre l’amour, les femmes, le mariage et le reste« , publié par Celebs en 1871, soit 200 ans après le monument de Mme de La Fayette.

Si le premier ouvrage, empreint de jansénisme, développe la force de la passion à travers la vertu et le devoir, mais aussi le paraître, le second, à l’époque romantique, déchire dans un cynisme à peine voilé, pour présenter la femme diablesse et l’amour comme faiblesse parmi les faiblesses. Alors dans le fond, ces deux ouvrages confirmeraient-ils que l’amour n’est qu’une utopie pour les cœurs lâches, la pire des corruptions?

Lisons de façon croisée ces deux auteurs d’un autre temps mais dont les questions et tourments, au fond, nous rappellent qu’aujourd’hui, au travail, dans la cour de récréation ou au plus haut sommet de l’Etat, la préciosité version 2.0 reste d’actualité et il fait bon, parmi ce qui paraît le plus évident, de toujours se poser la question essentielle de cette incontournable, déchirante et non assumée dualité, opposition, déchirure et inaliénable aliénation, l’amour d’un homme et d’une femme, dans toutes ses formes. A l’époque, on ne parlait pas de l’amour entre personnes de même sexe…qu’aurait-été l’amour de La Princesse de Clèves pour Madame la Dauphine?

On a beaucoup lu sur le cœur brisé des femmes et l’inconstance des hommes…un bel exemple dans beaucoup de bruit pour rien de Shakespeare…. »Sigh no more, ladies, sigh no more, men were deceivers ever, one foot in sea, and one on shore, to one thing constant never… »

Mais en ce temps, on lisait surtout l’incompréhension de l’homme pour la passion amoureuse, la femme manipulatrice objet du tourment et derrière l’intemporalité de la mysoginie de Celebs, on peut y déceler peut-être un coeur brisé…c’est ce qu’une femme aimerait y voir, à moins que ce ne soit tout simplement l’ode absolue à la déconsidération du sexe faible?

Dans une ère où la liberté de la femme – illusoire ou réelle mais difficilement acquise – semble menacée, relisons ces classiques et posons nous la vraie question du sens de l’amour…chacun y verra son histoire, ses projections, son idéal, sa motivation. Mais gageons que dans un monde où l’amour profond disparaît au profit d’un consumérisme parfois assumé, l’utopie a du bon et savourons ce cynisme comme un bonbon….

Entre ces deux auteurs, nous avons choisi d’y glisser Camus et la vision de la femme par Jean-Baptiste Clamence dans La Chute…pour la beauté de ce texte, sa froideur et sa dureté, qui interrogent sur la solitude, le désespoir et la pénitence…L’amour ne serait donc pas un remède de vie…à méditer.
(suite…)